Alpha, beta, carta

La relation des cartes aux mots est vieille comme les cartes, sans avoir été vraiment traitée. Si les cartes donnent à voir et à croire, les toponymes font exister l'espace et les cartes figent parfois plus qu'elles n'inventent.

La relation des cartes aux mots est vieille comme les cartes, sans avoir été vraiment traitée. On peut imaginer que les cartes préhistoriques, aujourd'hui objets de débat, aient été dès l'origine le support de dénominations prononcées, peut-être elles aussi débattues et contestées. Si les cartes donnent à voir et à croire, les toponymes font exister l'espace et les cartes figent parfois plus qu'elles n'inventent. Mark Monmonier a écrit un ouvrage au titre évocateur, Des nichons de squaw à la Prairie du bordel : comment les cartes dénomment, revendiquent et déchaînent, dans lequel il souligne combien la carte est à la fois prescriptive et conservatrice.

L'ombre de Georges Perec plane ici, plus encore que sur d'autres projets de l'Oucarpo. Espèces d'espaces, laboratoire euphorique, est devenu malgré lui un texte programmatique. Quelques pages après la reproduction fidèle de la carte de l'Océan conçue par Lewis Carroll (carte intégralement blanche ou transparente, vide de signes et de lettres), Perec écrivait : « L'espace commence ainsi, avec seulement des mots, des signes tracés sur la page blanche. ». On ne s'étonnera guère que les mots jouent un rôle fondateur à l'orée d'un essai à ce point virtuose.

« Espace inventaire, espace inventé : l'espace commence avec cette carte modèle qui, dans les anciennes éditions du Petit Larousse Illustré, représentait quelques chose comme 65 termes géographiques, miraculeusement rassemblés, délibérément abstraits : voici le désert, avec son oasis, son oued et son chott, voici la source et le ruisseau, le torrent, la rivière, le canal, le confluent, le fleuve, l'estuaire, l'embouchure et le delta, voici la mer et ses îles, son archipel, ses îlots, ses récifs, ses écueils, ses brisants, son cordon littoral, et voici le détroit, et l'isthme, et la péninsule, et l'anse et le goulet, et le golfe et la baie, et le cap et la crique, et le bec, et le promontoire, et la presqu'île, voici la lagune et la falaise, voici les dunes, voici la plage, et les étangs, et les marais, voici le lac, et voici les montagnes, le pic, le glacier, le volcan, le contrefort, le versant, le col, le défilé, voici la plaine, et le plateau, et le coteau, et la colline ; voici la ville et sa rade, et son port, et son phare... »

Artistes présentés :

David Bessis, Sébastien Biniek, Marie Chéné, Pietro Corraini, Angela Detanico et Rafael Lain, Pierre di Sciullo, Mourad El Amouri, Gilles Esposito-Farèse, Tim Fishlock Jérémy Garniaux et Elsa Vanzande, Eric Giraud, Fathia Haski, David Heyman & Ben Sheesley,
Olivier Hodasava, Ian Holcroft, Howard Horowitz, Zsuzsanna Ilijin, Bouchra Khalili, François Marcziniak, Oucarpo, Carl Pappenheim,
Jacques Ponzio, David Poullard, Hélène Pourchet, Lizá Ramalho & Arturo Rebelo, David Renaud, Marc Saenko, Franck Scurti, Hendrik Sturm, Jeremy Wood,

avec la collaboration involontaire d'oucarpiens plagiaires par anticipation :

John Cary, Emilio Isgrò, Louise Marcheix, Franz Schrader, Stendhal, Alexandre Vuillemin, ainsi que plusieurs artistes et cartographes anonymes.

Infos pratiques

Du vendredi 6 février au samedi 18 avril 2015

Au Centre International de Poésie Marseille (cipM).